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Histoire & Géographie

Vendredi 15 décembre 2017: Des Lycéens et des Collégiens à la rencontre des témoins de la Résistance dans les Hautes-Pyrénées

Par ANNABELLE LAVIT, publié le mardi 9 janvier 2018 10:14 - Mis à jour le mardi 9 janvier 2018 21:04

 

Cette riche rencontre a été retranscrite par Jean-François Courtille, journaliste indépendant au sein de L'Essor -Newsletter n°14 (janvier 2018)

Un goûter a été offert par le magasin Leclerc de Vic-en-Bigorre à l'ensemble des élèves pour clôturer cet après-midi.

Nous remercions très chaleureusement le directeur et le personnel de l'enseigne pour leur soutien à cette manifestation.

" Pour préparer le prochain Concours National de la Résistance, une centaine de lycéens et de collégiens de l’Ensemble Scolaire Mendès-France, à Vic-en-Bigorre, ont rencontré l’association ANACR 65 avant les congés de Noël 2017. Accompagnés par leurs professeurs de français, d’histoire, d’espagnol, et par les documentalistes, les jeunes ont notamment entendu le témoignage émouvant d’Elise Bouthors, fille de résistants et veuve d’un ancien du Régiment de Bigorre.

 

Les lycéens et les collégiens écoutent l’intervention de Daniel Larregola, président de l’ANACR 65 et du fils d’Emilienne Rivière, agent de liaison du maquis de Nistos et d’Esparros, sous le regard attentif d’Annabelle Lavit, professeur d’histoire-géo – Photo JFC

« S’engager pour libérer la France » : tel est le thème du Concours National de la Résistance pour 2018. Un événement culturel organisé chaque année en vue de transmettre la mémoire et l’esprit de la Résistance aux collégiens et aux lycéens. Dans les Hautes-Pyrénées, plusieurs établissements scolaires participent à ce concours. Annabelle Lavit, professeur d’histoire et de géographie au lycée Pierre Mendès-France de Vic-en-Bigorre, a proposé à  plusieurs collègues, enseignants et documentalistes, de travailler avec leurs élèves sur la thématique de l’engagement. Une classe de première LES et deux classes de troisième ont accepté de participer au Concours National de la Résistance. Une classe de première S et plusieurs élèves de seconde, sans prendre part au concours, se sont joints aux autres collégiens et lycéens pour rencontrer des témoins de la Résistance dans les Hautes-Pyrénées. Organisée par l’association ANACR 65, la rencontre a eu lieu le dernier vendredi avant les congés de Noël 2017. Une centaine de jeunes y ont participé, aux côtés de Mesdames Lavit et Bazalgette, professeurs d’histoire-géographie ; de Madame Outtier, professeur de français ; de Madame Babot, professeur d’espagnol ; et de Mesdames Ginibrière et Fumet, documentalistes.

 

Elise Bouthors échange avec un groupe de lycéennes en présence de Monique Rolland Photo JFC

La délégation organisée par l’association ANACR 65 était composée de cinq personnes. Elise Bouthors, fille de résistants et veuve d’un ancien du Régiment de Bigorre ; Gérard Torres, fils d’Emilienne Rivière, ancien agent de liaison du maquis de Nistos et d’Esparros ; Daniel Larregola, président de l’ANACR 65 ; Monique Rolland, responsable de l’Amicale des Anciens du Régiment de Bigorre ; et Maryjo Delacruz, l’une des responsables de l’ANACR 65.

Les lycéens et les collégiens avaient découvert, dès le début du mois de décembre 2017, l’exposition installée par l’ANACR 65 au sein du Centre de Documentation du lycée. Au début de la rencontre avec les témoins de la Résistance, un film est projeté : « Monique, agent de liaison ». Il évoque le parcours d’Emilienne Rivière et son engagement aux côtés des maquisards de Nistos et d’Esparros. Puis, les jeunes écoutent avec attention le témoignage poignant d’Elise Bouthors.

Elise aux côtés de ses parents – Photo archives familiales

« Mon père était un antifasciste allemand. Le lendemain de l’invasion de la Sarre par les nazis, il est parti avec nous vers la France. Bien qu’apatride, il a participé aux combats de 1940 au sein de l’armée française. Nous nous sommes installés dans les Hautes-Pyrénées, mon père, ma mère, ma sœur et moi. Nous étions hébergés par des camarades de mon père, qui travaillait aux Ponts et Chaussées. Puis, les Allemands ont franchi la ligne de démarcation, et nous avons dû nous cacher. Mon père participait clandestinement à la Résistance. Ma mère aussi, je l’ai appris par un document officiel de la Préfecture il y a 12 ans. Nous avons été hébergés à Oursbelille. J’avais 15 ans et je ne pouvais plus aller à l’école. Le 7 mars 1944, la Gestapo est venue arrêter  mon père. Le lendemain, il a été transféré en train vers l’Allemagne. Nous avons appris à la fin de la guerre qu’il avait été assassiné par les nazis le 11 mai 1944. Ma mère, ma sœur et moi avons été arrêtées à notre tour le 1er juillet 1944, et transférées dans une prison toulousaine. Nous étions internées avec le maire de Tarbes, Maurice Trélut. Nous avons pu en réchapper et revenir à Oursbelille, puis à Tarbes. Ma mère est tombée gravement malade. Ma sœur et moi avons été ballotées. A la fin de la guerre, j’ai rencontré Gaston Bouthors, qui avait participé à l’épopée du Régiment de Bigorre. Nous nous sommes mariés. Il est décédé récemment. Quand mon père a été tué par les nazis, il avait 37 ans ».

Monique Rolland, Maryjo Delacruz et Elise Bouthors – Photo JFC

Un échange de questions et de réponses se déroule ensuite entre les témoins de la Résistance et les jeunes. « Comment pouvait-on entrer en contact avec les maquisards ? ». Daniel Larregola explique le rôle décisif du Service du Travail Obligatoire, qui a poussé les jeunes à entrer dans la clandestinité et à rejoindre les maquis récemment constitués. Il évoque aussi l’organisation des groupes de résistants au sein des entreprises, comme l’Arsenal, ou au sein des services publics tels que la SNCF. « Nous étudions cette année la Retirada et l’histoire des guérilleros avec notre professeur d’espagnol. Quelle a été la participation des réfugiés espagnols au sein de la Résistance ? ». Gérard Torres évoque la présence de plusieurs guérilleros dans les maquis des Hautes-Pyrénées, comme celui de Nistos et d’Esparros, ravitaillé par sa mère, Emilienne Rivière. Daniel Larregola rappelle que plusieurs Espagnols ont participé à la libération de Paris avec la Division Blindée du Général Leclerc.

Inauguration du rond-point du Maquis de Nistos et d’Esparros à La Barthe-de-Neste, automne 2015 - Photo JFC

« Y a-t-il eu des résistants dans le secteur de Vic ? ». Les cinq témoins évoquent le maquis de Sombrun et aussi le témoignage de Monsieur Duguet, décédé récemment, grand-père de l’un des élèves du lycée Mendès-France. « Il a participé avec d’autres résistants à des actions de sabotage sur la ligne de Tarbes-Bordeaux». Les jeunes demandent aussi aux témoins ce qu’ils entendent par « engagement ». « C’est le fait de combattre le fascisme, le racisme et l’injustice sociale, encore aujourd’hui, en créant du lien avec les autres personnes ». Après la séance dans la grande salle, les collégiens et les lycéens rencontrent par petits groupes Elise Bouthors et Monique Rolland. A l’issue de la rencontre, Laura et Julie, lycéennes en 1ère S2, confient : « cet échange était très intéressant. C’est une chance de pouvoir rencontrer des témoins vivants de la Résistance. Les jeunes de notre génération ont besoin de comprendre ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre Mondiale dans notre pays, pour éviter de revivre certains événements demain ».

Jean-François Courtille